Suivez les étapes de la restauration de l'ouvrage Observations sur la grossesse par le chirurgien-accoucheur François Mauriceau datant de 1738.
En décembre 2020, la Bibliothèque Patrimoniale reçoit en don de la communauté d’Emmaüs un livre intitulé Observations sur la grossesse et l'accouchement des femmes, et sur leurs maladies, et celles des enfans nouveau-nés. [...]. 1738.

Page de titre de l'ouvrage, en ligne sur Gallica
L'ouvrage du chirurgien-accoucheur François Mauriceau parait pour la première fois en 1695 et fait ensuite objet de plusieurs rééditions. L’exemplaire acquit par la Bibliothèque Patrimoniale date de 1738. Mauriceau y relate son quotidien, celui d’un chirurgien-accoucheur au XVIIe siècle et fait le point sur les connaissances obstétricales de son époque.Afin d’être intégré dans les collections de la bibliothèque, la restauration de l'ouvrage, fortement altéré par le temps, est indispensable.
L’État du livre avant restauration
Le cuir : Le dos et les bords sont usés. Il y a plusieurs lacunes sur la tranche supérieure et inférieure ainsi que sur la tranche de gouttière. La coiffe supérieure est fragilisée et la coiffe inférieure représente une lacune importante. Dans les deux mors on peut remarquer une rupture de la peau. Le cuir est par endroits détaché du carton et les pièces de titre sont manquantes.
Les coins des cartons visibles sont émoussés et présentent des lacunes. Les tranchefiles ainsi qu’un signet vert sont détachés du corps de l’ouvrage et très endommagés. Les pages de garde sont abîmées : plusieurs déchirures se trouvent en bordure et au fond. La couture est détendue.
La restauration de l’ouvrage
Démontage de la couvrure
Avant de séparer la couverture du corps de l’ouvrage, il faut décoller les pages de garde des contreplats (c’est la partie inférieure de la couverture). Elles seront remises en l’état et réinsérées dans l’ouvrage restauré.
Séparation des pages de garde
La séparation de la couvrure du corps de l’ouvrage fait apparaitre quatre claies en parchemin qui assurent une liaison supplémentaire avec les plats tout en protégeant le corps d’ouvrage. Trois sur quatre claies sont dans un état convenable et seront réintégrées dans l’ouvrage restauré. La quatrième sera conservée comme témoin.

La séparation du carton du cuir s’avère par endroits délicate. Lors d’une restauration non-professionnelle antérieure le carton partiellement détaché a été collé sur le cuir avec une colle forte. Avec un bistouri et beaucoup de patience on réussit à enlever le carton.
Séparation des cartons
Nettoyage du cuir
Le cuir, négligé depuis plusieurs siècles, est devenu sec et fragile. Pour le restaurer, une cire rénovatrice est appliquée afin de l’assouplir et de le nettoyer. En revanche, la colle forte sur une partie du contreplat inférieur demeure tenace. Après avoir tenté d'amincir la couche de colle avec un bistouri sans succès, un Dremel est finalement utilisé pour enlever l'excédent de colle.
Le cuir est mis de côté et attend sa restauration qui sera réalisée seulement après l’opération de couture.
Nettoyage du cuir
Restauration des cartons
Pour conserver un maximum des matériaux d’origine, on va réemployer les plats en carton.La restauration des cartons comprend le nettoyage, la réparation des coins émoussés et l’égalisation de quelques différences de hauteur sur les plats. Pour la restauration de trois coins émoussés on utilise des attelles de papier buvard pour combler des lacunes importantes de hauteur.

La dernière opération vise à coller une feuille sur le carton et à reprendre l’emplacement des trous d’origine.

Débrochage de la couture du corps de l’ouvrage
La prochaine étape de restauration consiste à libérer les cahiers de la couture. Pour libérer les cahiers, on enlève d’abord les septains en coupant les fils qui les entourent. Une fois les septains enlevés, la couture et fragilisée. Les cahiers peuvent être séparés.

Restauration du papier
Les feuillets de cet ouvrage sont dans leur ensemble dans un très bon état.
Il s’agit d’un papier chiffon artisanal de lin vergé. On le reconnait sans hésitation par la présence des marques des pontuseaux (lignes verticales), des vergeures ou (lignes horizontales) et d’un filigrane. Le papier de chiffon de lin vergé est connu pour sa très grande résistance et sa longévité. Dans notre exemplaire, l’histoire a laissé inévitablement quelques traces sous forme de petites déchirures ou lacunes qu’il convient de réparer.
Pontuseaux, vergeures et filigrane du papier vergé
Réparation des fonds, pose d’onglets et greffes locales
19 fonds de feuillets sont fragilisés à l’emplacement des trous de couture. On préconise un doublage partiel de la feuille en posant un fond recto-verso. On humidifie la feuille entièrement pour éviter l’apparition des auréoles sur les bords du papier japon après séchage.
Pour pouvoir intégrer les deux feuilles volantes dans la couture il est nécessaire de poser un onglet.
Quelques pages présentent des lacunes mineures, mais elles nécessitant une greffe. Elles se trouvent en bordure du papier, souvent manipulée lors de la tournée des pages.
De gauche à droite : Renforcement du fond du cahier, pose d'un onglet, greffe locale
Reconstitution de la couture sur nerfs
La couture sur nerfs est répandue en France jusqu’au XIXe siècle. Cela concerne les reliures de luxe comme les reliures courantes. Le fil de couture longe le fond du cahier et entoure les nerfs saillants sur le dos.
La reconstitution de cette couture implique obligatoirement le placement identique des septains sur le dos. L’épaisseur du septain et la taille du fil de couture d’origine sont à respecter scrupuleusement.
Reconstitution de la couture d'origine
Fabrication d'une tranchefile simple sur un bâtonnet
Les deux tranchefiles en tête et queue de l’ouvrage, sont à reconstituer dans leur intégralité. Les anciennes tranchefiles seront gardées avec les témoins. Voici un petit aperçu du travail :
Passure en carton
Après l'encollage du dos avec de la colle d'amidon et le replacement des claies de parchemin, on va fixer les cartons sur le corps de l’ouvrage. Comme pour une reliure classique, on détorsade, effiloche et encolle les bouts des septains avec de la colle d’amidon pour faciliter le passage dans les trous du carton. Puis, les septains sont insérés dans le carton en passant par les trois trous, coupés et collés sur le contreplat.
Effilochage et passure en carton
L’ouvrage est maintenant prêt à réceptionner sa couvrure restaurée.
Pose d’une nouvelle peau
La peau d’origine étant très abimée, on va couvrir en premier lieu l’ouvrage avec une peau neuve puis poser l’ancien cuir. Pour la couvrure on utilise une peau de chèvre. La couleur et l’aspect du cuir correspondent à celle du cuir d’origine. Fine et résistante, cette peau garantit la solidité et l’harmonie avec l’ancienne peau.
Pose d'un nouveau cuir
Fouettage des nerfs
Avant l’apparition de la pince à nerfs au XIXe siècle, on “fouettait” les nerfs pour éviter que la peau ne se décolle au pied des nerfs. Cette opération consiste à passer une ficelle de chaque côté des nerfs pour les faire saillir sur la peau. Cette technique est encore aujourd’hui employée en restauration.
Le fouettage se pratique immédiatement après la couvrure, avant le séchage du volume.
Fouettage des nerfs
Pose des défaits d’origine
Malgré le traitement profond de la peau, les rembords du dos au niveau de la tête et la queue de coiffe sont restés secs et raides. Pour éviter des boursouflures, on les supprime. Toutes les autres parties du cuir seront entièrement conservées et collées sur la nouvelle peau. Après l’encollage des deux plats, avant qu’il soit sec, l’ouvrage est entouré de bandes de gaze bien serrées pendant 48 heures.
Pose du cuir et séchage
Le livre après la restauration
Muni d’une boite de conservation fabriquée sur mesure, l’ouvrage est rangé sous la cote F 546 dans la bibliothèque.Le même ouvrage, de la même année d’édition, est consultable sur Gallica. L’ouvrage de la Bibliothèque Patrimoniale diffère de la version en ligne. On constate l’existence de gloses (notes en marge de texte) imprimées supplémentaires.


















